Des „Moments “ sublimes. Le festival de musique, « Moments Musicaux », a repris, cette année, son habituelle série de concerts estivaux dans la région, à la grande satisfaction du public. Comme entrée en matière, on avait organisé une séance pédagogique destinée aux enfants. Prévue le 27 juillet, à Carolles (la seconde séance a eu lieu à Donville le 3 août), on y attendait une trentaine d’enfants. Se sont en réalité présentés soixante-dix mélomanes en herbe, qu’il a fallu accueillir dans une salle de l’école. Les parents sont restés dehors pour suivre les explications d’Isabel Gabbe, la directrice artistique du festival, qui s’adressait à eux par une fenêtre. Les jeunes auditeurs ont pu apprécier une grande variété de danses, à travers un divertissant tour du monde musical. Isabel a joué au piano des œuvres de Schlothfeldt, Bartok, Guarnieri et Albéniz. Elle avait aussi travaillé un blues avec un petit groupe d’enfants musiciens : la plus jeune, au violoncelle, avait quatre ans ; la plus âgée, à la clarinette, en avait onze. Le public, très attentif, a découvert ensuite les instruments à cordes et à vents. Pour clore la séance, la violoniste Tina Kim leur a présenté les Airs bohémiens de Sarasate avec une remarquable virtuosité. Le premier concert a eu lieu le 28 juillet, au théâtre d’Avranches. Il était consacré à Frédéric Chopin, manière de célébrer, ici aussi, le 200ème anniversaire de sa naissance. Il s’agissait d’établir un dialogue fécond entre musique et littérature. Des textes de Georges Sand, essentiellement tirés d’ « Histoire de ma vie » et lus par le comédien Jean-Pierre Jorris, accompagnaient la musique de Chopin, jouée au piano par Caroline Boirot et Isabel Gabbe. Les mots, ce soir-là, ont délicieusement fait contrepoint aux arabesques des nocturnes et des mazurkas. La qualité et l’engagement des intervenants étaient tels que le charme a vite opéré pour régner sur une salle particulièrement recueillie. Le thème du salon musical était au programme du concert prévu, le 29 juillet, dans l’église de St.Pierre-Langers. L’auditoire a pu, une fois encore, profiter de l’excellence des interprètes et de la grande diversité des œuvres proposées : quatuors à cordes, duos, œuvres pour piano à quatre mains ou pour guitare seule… Les murs de l’église ont ainsi résonné des menuets, valses, préludes,… d’une intéressante transcription pour violoncelle et piano d’ « Après un rêve », célèbre mélodie de G. Fauré (musique de salon oblige), et de la populaire, mais très virtuose, fantaisie de Sarasate, tous admirablement servis par les musiciens. Le 30 juillet, à Notre Dame de Lihou, à Granville, Catherine Lenglin tenait l’orgue dans un choral de Franck pour ouvrir un concert essentiellement consacré ensuite à l’ensemble des cordes. Le quatuor, inoubliable, s’est montré à la fois énergique, brillant, précis et poète dans l’op.13 de Mendelssohn, des qualités indispensables pour servir cette belle œuvre, composée par un jeune prodige de 14 ans. Puis, Firmian Lermer, l’altiste, proposait une suite de Bach dont la profondeur et la sobriété ont plongé l’auditoire dans le recueillement, l’interprète prenant visiblement plaisir à exploiter l’acoustique de l’église. Dans le quintette avec guitare de Boccherini, les musiciens ont fait preuve d’une telle vivacité et d’un tel engagement qu’il leur fallut deux mains complémentaires pour jouer les 20 mesures accompagnées aux castagnettes. C’est Isabel, la directrice artistique elle-même, qui s’est exécutée pour donner à l’œuvre cette note espagnole très originale. En bis, le public a bien apprécié le tango interprété avec brio par le guitariste colombien Nilko Andreas. Une très belle soirée. Lundi soir à Jullouville, le programme avait été conçu pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Schumann. Comme souvent, le public a découvert des compositeurs encore peu connus. Ce soir-là, c’était Johann Kaspar Mertz, un contemporain de Brahms et de Schumann, admirablement servi à la guitare par Nilko. Les autres musiciens devaient se mesurer à deux œuvres majeures du répertoire romantique, le quatuor op. 41/3 de Schumann et la sonate en mi mineur de Brahms pour violoncelle et piano. Dans l’un comme dans l’autre, ils ont fait preuve d’une très grande maîtrise technique et d’une profonde sensibilité pour le bonheur de l’auditoire. Les deux derniers concerts étaient prévus à Donville, le 4 août, et à Carolles, le 6. Dans la belle acoustique de l’église de Donville, à la suite d’un changement de programme imprévu, c’est la musique baroque qui fut à l’honneur avec des œuvres de Vivaldi, Corelli et Bach, dont la 3ème suite pour violoncelle seul brillamment interprétée à l’alto par Firmian et le double concerto pour violons avec accompagnement de piano. La présence dans la salle d’une soprano brésilienne, Angelica de la Riva, amie du guitariste, nous donna aussi l’occasion d’entendre quelques airs, dont trois mélodies de J. Dowland, célèbre compositeur anglais de la fin du 16ème siècle. Pour clore le festival, les interprètes se sont tous retrouvés le 6 août, dans une église de Carolles comble. La directrice avait préparé un programme homogène de musique latine et de danses espagnoles. Ce soir-là, Nilko, le guitariste, a donc eu la part belle, qui plus est, dans un de ses répertoires de prédilection : le public s’est émerveillé de sa technique et de l’élégance de son jeu dans des œuvres espagnoles et sud-américaines. Pendant toute la soirée, il fut brillamment soutenu par les membres du quatuor, et par Isabel au piano, qui interpréta notamment une brillante danse de Guarnieri, compositeur brésilien mort en 2002. Angelica ravit enfin le public carollais avec le célèbre aria des Bachianas Brasileiras n° 5 de Villa-Lobos. Le festival s’est achevé sur une reprise du mouvement « fandango », très enjoué, du quintette de Boccherini. Nos regards sont désormais tournés vers 2011, la prochaine édition attendue de ce festival, qui d’année en année fait décidément preuve de grande maîtrise, d’un accomplissement certain et d’une popularité croissante car, comme le confie sa directrice, « par rapport à l’année dernière, nous avons triplé le nombre des entrées ». Jean-Pascal Chatelard | ||